MERAKI

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MERAKI

On passe notre temps à compter. Café en main, à peine réveillé, on commence notre quart de travail à 8h & on compte déjà les heures avant de pouvoir quitter pour la journée. On compte les jours dès le lundi, pour nous donner de l’espoir que le vendredi n’est pas tant un mirage. On compte les semaines qui nous séparent des vacances.  Puis, on compte combien d’années il nous reste avant de pouvoir prendre notre retraite. Et après ? Une fois retraité, on compte quoi? Ou plutôt, c’est le décompte jusqu’à…?

L’air du mois de septembre se refroidit. Les cartables, sacs à dos, crayons & stylos sont neufs. Notre agenda est tout beau. On prend le temps de bien y inscrire nos cours & examens. Nos notes sont écrites avec la plus belle des calligraphies; le tout surligné de couleurs néons. Nouvelles classes. Nouvelles rencontres. Nouveau moi. C’est excitant. C’est le Nouvel An de l’écolier. On se fixe des objectifs à accomplir durant l’année. On prend de nouvelles résolutions: je ne procrastinerai plus. On est motivé!…Puis, arrive la première mi- session. Le premier vrai crunch time. On a barbouillé partout dans l’agenda, nos notes ne sont plus soignées et on a opté pour le Netflix & Procrastine. C’est là qu’on se met à compter. Compter les heures avant la fin de l’examen, les jours avant la semaine de relâche. On compte les semaines avant la fin de session…

J’ai connu la rentrée scolaire depuis l’âge de 4 ans. La photo annuelle avec le sac à dos, les nouveaux habits; posé devant le jardin à l’arrière de la maison. J’suis passée de l’autobus jaune à l’autobus de ville. Du pupitre au casier. Vingt ans à m’assurer de profiter pleinement de la longue fin de semaine du travail sachant très bien que dès le retour, le décompte serait entamé jusqu’aux fêtes de décembre. Puis, aujourd’hui, en voyant les feuilles changer de couleur tranquillement, j’ai réalisé que pour la première fois en vingt ans, je n’y assisterai pas à cette rentrée. C’est à ce moment aussi, que j’ai pris conscience qu’à partir d’aujour’hui, je n’avais rien à compter. Je n’ai aucune idée de ce que l’avenir me réserve.

Chaque année c’est la même histoire. Durant les périodes plus difficiles, les mi-sessions, les nuits blanches, les ”désolé j’peux pas sortir, j’dois étudier”, les poings serrés, je me mettais à compter. À voix haute. Dans ma tête. Dans 3 ans, j’aurai mon diplôme. Dans 2 semestres, je pourrai déménager et partir à l’aventure. Dans 1 mois, j’aurai fini…Respire. Qu’est-ce que ça me donnait? Une envie pressante de terminer l’année scolaire. Un désir immense de vouloir tout lâcher en me posant la question: à quoi ça sert? Parce que, des fois je perdais de vue la lumière au bout du tunnel. La seule chose qui me permettait de continuer c’était de savoir qu’un jour, j’aurais terminé.

Nous passons le plus beau de notre vie à compter sur ce qui est à venir

-William Hazlitt

Aujourd’hui, je me pose la question: est-ce qu’on pourrait, au lieu de passer notre temps à vivre dans le futur, peut-être, essayer de trouver notre compte dans les moments présents. Les tables rondes d’études entre amis qui se terminent aux petites heures du matin; les échecs qui nous enseignent et les réussites qui nous permettent de se surpasser; les idées folles que l’on a sur des projets de groupe ou les discussions enflammées, en classe, portant sur des sujets tabous que notre société, parfois, voir trop souvent, néglige par peur de choquer…

Être en mesure de vivre dans le moment présent c’est apprécier; qui nous sommes et ce que nous faisons. Meraki est un mot grec qui signifie: imbiber tout ce qu’on fait avec passion, amour et créativité; ce qu’on fait s’imprègne de notre essence. Laissez-vous apprendre, pousser les limites de votre créativité. Laissez-vous vous surpassez. Laissez-vous profiter de chaque moment passé entre ces quatre murs qui, parfois, semblent vous étouffer. Parce que, je peux vous confirmer que quatre ans, c’est pas si long que ça.

Est-ce qu’on pourrait, au lieu de compter les jours, peut-être passer plus de temps à s’assurer que nos jours comptent ?

J’dis ça comme ça.

Bonne rentrée !

 

By | 2016-10-11T20:23:57+00:00 September 14th, 2016|FRANCAIS, REFLEXION|0 Comments

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